Considéré au plan international comme l’animal domestique le plus proche de l’homme, le chien est pourtant devenu à Bangui, une viande prisée, parfois plus recherchée que la viande de bœuf. Une pratique bien ancrée dans certains groupes ethniques, où elle est perçue par beaucoup comme une tradition.
En République centrafricaine (RCA), classée parmi les pays les plus pauvres d’Afrique, la précarité pousse une partie de la population, notamment les jeunes, à consommer ce qui ne l’était pas autrefois. Dans certains quartiers de Bangui, notamment au marché de Bimbo, dans la préfecture de l’Ombella-M’Poko, un groupe de jeunes hommes et de jeunes femmes se presse autour d’un vendeur de viande de chien, qu’il cuisine lui-même.
S’exprimant sous couvert de l’anonymat, ce dernier explique : « Je vends de la viande de chien ici chaque semaine. Pour m’en procurer, c’est simple : je parcours les quartiers et je demande aux gens si leur chien est devenu méchant ou violent. Cela les pousse à me les vendre à un prix dérisoire, entre 25 000 et 30 000 FCFA. Ensuite, je cuisine la viande et je peux gagner 15 000 FCFA ou plus. Les clients viennent de loin pour en acheter, car c’est une très bonne chair… vous devriez goûter ! » ajoute-t-il en riant.
La vente de viande de chien attire de plus en plus de clients, aussi bien des hommes que des femmes et des enfants. Pour certains, consommer cette viande procure une sensation particulière, qu’ils qualifient de « héroïque » ou prestigieuse. Pour d’autres, il s’agit simplement d’une habitude ou d’une pratique culturelle.
Jeannette, une femme d’environ 60 ans, considère ce plat comme traditionnel. Elle affirme en consommer depuis son enfance au village : « Oh ! Mon enfant, c’est mon plat préféré. Je l’ai goûté pour la première fois à l’âge de 13 ans dans mon village. Depuis que je suis à Bangui, j’attendais impatiemment ce moment. Aujourd’hui, je suis très heureuse de pouvoir savourer à nouveau la viande de chien, qui est un plat cher à mon cœur. »
Cependant, beaucoup de personnes rejettent catégoriquement cette pratique, qu’elles jugent anormale. John le confirme : « C’est injuste. Il faut être sans cœur pour manger un chien, un animal avec lequel on peut s’amuser, communiquer, voire partager le même lit. Ces gens-là n’ont pas de cœur. Pour moi, c’est comme manger un membre de sa propre famille. »
Ce phénomène est également observé au marché du KM5, près du pont Kokoro, dans le troisième arrondissement de Bangui, où un restaurant spécialisé dans la viande de chien a existé de l’an 2000 à 2013, avant d’être fermé durant la crise qui a secoué le pays. À cette époque, la viande de chien y était vendue jour et nuit. Les animaux souvent volés étaient à l’origine de nombreux conflits et poursuites judiciaires contre les vendeurs.
Une situation qui perdure encore aujourd’hui et qui fait craindre, à terme, une disparition progressive des chiens, si les autorités centrafricaines ne prennent pas des mesures appropriées.
BVIII Pappus Héritier

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