La deuxième semaine de la sensibilisation autour de l’état civil, organisée par le projet européen d’appui à la modernisation de l’état civil en Centrafrique a été effective ce samedi 14 octobre 2023 à l’école Kokoro-Boeing. Plusieurs milliers de personnes ont pris part à cette sensibilisation. Ce projet est mise en œuvre par le ministère de l’Administration du Territoire, de la Décentralisation et du Développement Local avec l’expertise de CIVIPOL.

La question d’accès aux services d’état civil, notamment les actes de naissance devient de plus en plus une préoccupation du gouvernement qui cherche à remettre de l’ordre dans ce secteur avec l’appui des partenaires. Dans le cadre de l’action pilote du projet de Modernisation de l’état-civil en République Centrafricaine (RCA), CIVIPOL déroule une campagne de communication et sensibilisation des communautés de Bangui et ses environs, zones couvertes par ce projet financé sur les 11e Fonds Européens de Développement (FED).

Alors que la RCA a connu des années de conflits engendrant des pertes des documents administratifs ainsi que la destruction de nombreuses administrations publiques, détenir les documents relatifs aux  actes d’état civil relève d’un parcours des combattants.  Les actes de naissance pour les enfants de 7 à 14 ans, reste un défi réel.  Les autorités nationales et les partenaires cherchent à combler ce manque  afin de permettre à ses enfants dont la majorité est inscrite à l’école sans ce premier document d’en disposer gratuitement dans la suite de cette campagne.

Les écoles ont été ciblées car,  une centaine de milliers d’enfants y fréquentent sans disposer d’acte de naissance. Cette campagne vise à expliquer aux parents qu’il est encore possible pour leurs enfants de disposer de ce document qui garantit la vie citoyenne de l’enfant. Un Centre d’enregistrement est installé au sein de cette école et avec pour mission d’aider les parents à préparer les dossiers de demande  des jugements supplétifs d’acte de naissance auprès du tribunal et par la suite, permettre aux demandeurs de se faire délivrer des actes de naissance par les Mairies. Ce Centre va travailler du lundi au vendredi, de 8h30 à 14h pour aider les parents, accompagnés des témoins d’enregistrer leurs enfants candidats à ces documents.

Une satisfaction pour les parents

A l’école Kokoro, les responsables nous indiquent que la majorité d’enfants inscrites dans cette école ne disposent pas d’acte de naissance. C’est ainsi que cette sensibilisation est une aubaine pour cette école publique. « Cette sensibilisation est une aubaine pour nous responsables de cette école. Je suis vraiment satisfait de la présence de CIVIPOL au sein de notre école .Dans mon école, je me suis confronté à des multiples problèmes surtout lors des inscriptions des élèves. Les parents viennent sans acte de naissance tout en imaginant l’âge de leurs enfants. Et lors de notre rapport, cela pose toujours problème. La majorité d’enfant n’a pas d’acte de naissance ici. Mais l’arrivée de ce projet va résoudre nos problèmes en faisant gratuitement les jugements supplétifs puis la délivrance d’actes de naissance à nos enfants. Nous allons mettre une stratégie de sensibilisation des parents ainsi que les enfants surtout que nous travaillons en collaboration avec l’Association  des Parents d’Elèves  (APE), afin qu’ils viennent massivement et  que chaque enfant ait son acte de naissance », a souligné Blaise Ganefio Directeur de l’école Kokoro 1 fille B.

De son côté, Éphrem Wilibon, habitant du quartier Berkaye encourage l’initiative mis en place par CIVIPOL. « J’encourage beaucoup l’initiative du projet car on se confronte à plusieurs difficultés au niveau de la mairie secondaire avant d’avoir les actes de naissances pour nos enfants. C’est ce qui a découragé les parents. Mais si ce projet est venu nous aider à résoudre nos problèmes,  c’est pour le bienêtre de nos enfants car un enfant sans acte de naissance n’est pas un citoyen. Donc, nous demandons à tous les parents de venir massivement pour se procurer des actes de naissance ».

Guidy Felicy, une habitante du quartier Kokoro 1 constate que plusieurs enfants qui sont nées à partir de 2013 dans leur quartier n’ont pas d’acte de naissance jusqu’aujourd’hui. « On va saisir cette opportunité pour permettre à nos enfants de se procurer d’acte de naissance »

Une mesure méconnue ?

En effet, une mesure de grâce a été prise pendant la transition pour les enfants nés entre 2012 et 2014. Un décret du 10 juillet 2014 avait instauré la gratuité des actes de naissance et des jugements supplétifs pour les enfants nés entre le 1er décembre 2012 et le 31 décembre 2014. Cependant, l’application dans les municipalités pose problème. Mais, un décret d’application est en cours afin de pallier à ce problème.

Même si des habitants saluent cette initiative, certains critiquent aussi la lenteur qui caractérise l’administration des services d’état civil depuis la maternité jusqu’à la mairie. « Alors que nous apprenons que tout doit être gratuit pour les enfants nés entre 2012 et 2014 et ce, depuis la maternité, sur le terrain, c’est malheureusement  un casse-tête. Nous devons payer et le processus est parfois très long. Il y a des enfants enregistrés qui n’ont pas encore leur acte de naissance après un an à cause de la lenteur au niveau des mairies. Maintenant, on nous parle de la rupture des registres, tantôt le personnel de la mairie est en grève. Tout cela nous décourage. Nous allons saisir cette opportunité », a regretté Vianney Feiganazoui.

Cette série de sensibilisation se poursuit samedi 21 octobre à Begoua où un lot important des jugements supplétif sera remis par le Ministère de la Justice et un lot d’actes de naissance sera remis aux parents par les Mairies de Bimbo et de Begoua.  La Cérémonie officielle de remise symbolique de ces documents sera présidée par le Ministre d’Etat en Charge de la Justice et des droits humains Dr Arnaud Djoubaye Abazène en présence de l’Ambassadeur de l’Union Européenne en Centrafrique SEM Darius Douglas Carpenter.

Fridolin Ngoulou/Jenny Alida Mbokosse