Au terme de plusieurs mois de négociations, les ministres de la défense du Gabon, Mme Félicité Ongouri Ngoubili et de la RCA, M. Rameaux Claude Bireaux ont signé le samedi 1 juillet 2023, à Libreville, en marge de la 23ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEEAC, un accord de coopération militaire.

C’est en présence de leurs Excellences Ali Bongo Ondimba et du Professeur Faustin Archange Touadéra, respectivement, Président de la République du Gabon et de la Centrafrique que les ministres ont paraphé cet accord qui consolide les excellentes relations bilatérales entre ces deux pays.

Selon la Présidence de la République Centrafricaine, grâce à l’offensive diplomatique que mène le Président Touadéra depuis son arrivée à la magistrature suprême de l’Etat, la RCA a non seulement retrouvé sa place dans le concert des nations, mais a surtout bénéficié de plusieurs accords de coopération bilatérale avec de nombreux pays amis.

L’armée gabonaise connait la RCA

L’armée gabonaise est une habituée de la Centrafrique. Elle a activement participé à l’Opération Boali et co-occupait le camp militaire français de M’poko à Bangui.

L’opération Boali est une opération qui a été menée en République centrafricaine par l’armée française. Lancée en octobre 2002, cette opération a été prolongée tout au long des conflits successifs en Centrafrique et s’est terminée en 2013, à la suite du lancement de l’opération Sangaris, une opération militaire qui intervenait dans la foulée des violences atroces dans le pays, afin d’éviter que la Centrafrique ne tombe dans le génocide.

Cette opération comprenait un état-major, une compagnie d’infanterie et un détachement de soutien (maintenance, administration, santé et prévôts). Le détachement a soutenu la mise en place d’une force multinationale FOMUC comprenant bien sûr des détachements gabonais, tchadiens et congolais. Ces trois pays s’entrainaient aussi dans cette zone de Boali qui porte le nom de cette opération.

Aussi, les forces gabonaises ont participé aux différentes missions de maintien de la paix en Centrafrique y compris la mission onusienne (Minusca), depuis le lancement en 2015. Mais les Nations Unies avaient mis fin à la présence des contingents gabonais en Centrafrique à cause des soupçons de viols et d’abus sexuel dans la zone de la Basse-Kotto.

L’armée Centrafricaine s’entraine au Gabon

En effet, le Gabon offre des places de stage militaire aux Forces Armées Centrafricaines (FACA) pour la formation des sous-officiers à celle d’officiers, des spécialités et l’école d’état-major.

De 2018-2020, une dizaine des chefs militaires centrafricains ont suivi au Gabon une formation à l’école gabonaise des officiers. Ce, avec l’appui de l’Armée française et de l’Ambassade de la France à Bangui.

Aussi, des bataillons amphibies et des forces spéciales suivent régulièrement des stages au centre d’entraînement commando de l’armée française au Gabon.

Cette contribution à la fois de l’Armée française et gabonaise s’inscrivent dans le cadre de la montée en puissance des FACA depuis le retour à l’ordre constitutionnel.

C’est ainsi que cet accord de Défense militaire vient renforcer celui de la coopération entre les deux pays. Le Gabon, depuis l’époque du feu président Omar Bongo Ondimba s’est investi pour le retour de la paix en Centrafrique et a accueilli plusieurs réunions de discussion entre les groupes armés, leaders politiques et le gouvernement, depuis 2003.

Cet accord de coopération militaire rentre dans ce cadre de coopération et prévoit sans doute des mécanismes de consultations et une intervention éventuelle en cas de menaces ou d’attaques contre l’Etat partenaire.

La Centrafrique est toujours en quête des partenaires militaires pour l’aider à résoudre le problème profond d’insécurité dans le pays, depuis plusieurs décennies.

Si aujourd’hui les paramilitaires russes (Wagner) et l’armée rwandaise interviennent depuis janvier 2021 aux côtés des FACA pour rétablir la sécurité après l’attaque sur Bangui des rebelles de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), d’autres pays avec lesquels la Centrafrique a signé des accords de défense ou de coopération militaire fournissent des équipements militaires, armes et munitions à l’Armée mais aussi des formations.

La crise centrafricaine est tellement profonde que ce pays d’Afrique centrale se tourne vers ceux qui peuvent l’aider à éradiquer le phénomène des groupes armés. Surtout que les groupes armés centrafricains sont un mélange des rebelles centrafricains et des mercenaires soudanais, tchadiens, nigériens et d’autres venus de la région du sahel.

Quelques observateurs de la vie politique du pays attendent des actions concrètes du Gabon.

Fridolin Ngoulou