A moins de 45 jours du referendum convoqué par le Président de la République Faustin Archange Touadéra, Oubangui Médias s’est rendu dans les après-midi du mardi dans les différents coins de rues de la capitale pour recueillir des réactions des Centrafricains tant sur les acteurs politiques que sur ceux de la société-civile, en lien avec le projet actuel du référendum constitutionnel.

En effet, le climat politique reste tendu suite à la convocation du corps électoral en vue de voter une nouvelle constitution de la République Centrafricaine. Depuis plus d’un an, des tractations sont en cours pour doter le pays d’une nouvelle loi fondamentale alors que l’opposition et les groupes armés s’y opposent farouchement. C’est dans ce contexte que certains Centrafricains ont été interrogés dans les rues sur ce sujet d’actualité.

Certains centrafricains que nous avons rencontrés se réservent de tout commentaire mais d’autres préfèrent donner leur avis sur ce sujet qui touche la vie du pays.

Dieudonné, étudiant en deuxième année de Droit avec qui nous avons échangé sur la convocation du référendum et la posture de l’opposition sur cette question, pense pour sa part qu’il n’existe pas d’opposant en RCA. Il va jusqu’à qualifier ces leaders des « pseudos politiques ».

Selon lui, ces derniers se battent pour leurs intérêts égoïstes et non pour ceux de la population : « D’ailleurs, ils ne sont pas unanimes. S’ils étaient unis et solidaires, le président Touadéra ne devrait pas être réélu pour la seconde fois président de la République en 2020. Parmi eux, chacun voulait être président et personne pour céder à un autre ».

Une idée partagée par Stéphane, un autre étudiant au département de l’anthropologie à qui nous avons posé la question sur cette problématique du changement de la Constitution et les différentes réactions de la société-civile et de l’opposition.

Il déplore l’immaturité politique de ces leaders de l’opposition, qui malgré leur effectif n’arrivent pas à inquiéter le pouvoir de Bangui : « Le régime a pu finalement drainer une partie de l’opposition et de la société civile derrière lui et vous conviendrez avec moi que bouche pleine ne parle plus ».

Il souligne par ailleurs que la population Centrafricaine s’attendait à une forte mobilisation de l’opposition pour des actions concrètes en vue d’empêcher le troisième mandat du président Touadéra, qui selon lui est une violation des principes de la démocratie. « La nouvelle constitution est un boulevard pour un troisième mandat. Mais, nous n’avons pas des leaders d’opposition dans ce pays. Ils sont tous mouillés dans beaucoup de dossier et finalement, on donne l’occasion au président Touadéra de profiter de ce vide ».

A écouter les Centrafricains sur le processus du référendum en cours, le mécontentement y est mais ils ne savent comment le manifester. Nombreux aussi s’attendaient à ce qu’un berger soit devant pour leur donner des orientations nécessaires, mais malheureusement, tant du côté de la société-civile comme de l’opposition démocratique, on assiste depuis le 30 mai qu’à des déclarations et des déclarations de guerre que les Centrafricains ne vont plus admettre. « Finalement, tout arrange le pouvoir de Bangui », a fait observé Jeannine, une jeune leaders d’organisation féminine. 

Une mère de famille, commerçante au marché Km5 ne comprend rien sur les motivations des uns et des autres : « Tout le monde veut seulement le pouvoir. Même si les gens de l’opposition accèdent au pouvoir, ils ne vont rien changer par bâton magique. Mais pour Touadéra, il doit réaliser ses promesses avant de demander qu’on change la constitution. Nous, commerçants, nous voulons que la paix actuelle perdure pour nos affaires. La stabilité revient dans plusieurs villes et c’est l’essentiel. Ils veulent changer ou pas, la vie de la population ne changera pas par le simple vote d’un texte que tous les centrafricains ne vont jamais lire ».

Dans son intervention sur une onde de la place dans la matinée de ce mardi 13 juin 2023, le chef de file de l’opposition Anicet Georges Déléguée a tenté de justifier le silence de l’opposition par le fait que ces derniers font l’objet des menaces et ne sont pas autorisés à manifester.

Un argument qui ne tient pas debout selon Davy. Il estime que l’opposition n’inspire plus confiance et la population est fatiguée par « les mêmes personnes qui hier, ont cautionné les rebelles qui ont mis le pays dans le chaos total». 

Après la mise en place de la direction nationale de la campagne référendaire, l’opposition multiplie des réunions pour des contres stratégies. Toujours dans la matinée de ce mardi 13 juin, sur sa page Facebook, Martin Ziguélé le porte-parole du BRDC a publié des images d’une rencontre qui a eu entre eux principaux leaders de cette plateforme. 

Pour l’heure, le contenu de la nouvelle Constitution n’est pas connu ni sa forme. Le gouvernement promet le mettre en circulation dès l’ouverture de la campagne référendaire. Mais en attendant les centrafricains sont appelés à se prononcer le 30 juillet prochain pour un OUI ou pour un NON.

Christian Steve SINGA