La Cour pénale internationale (CPI) a rendu ce jeudi 24 juillet 2025, son verdict très attendu dans l’affaire opposant le procureur aux anciens chefs Antibalaka centrafricains. Édouard Ngaïssona a été condamné à 12 ans de prison, tandis qu’Alfred Yékatom, plus connu sous le surnom de « Rambo », écope de 15 ans d’emprisonnement. La partie civile salue cette décision. Alors que le PCUD (Parti Centrafricain pour l’unité et le développement), parti politique de Ngaïssona entend faire appel.
Rappel des faits
Les deux hommes étaient poursuivis pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en République centrafricaine entre 2013 et 2014, au plus fort du conflit qui a opposé les milices Anti-balaka aux groupes ex-Séléka.
Selon le jugement rendu par les juges de la CPI, Alfred Yékatom, ancien capitaine des Forces armées centrafricaines (FACA) devenu chef de milice est jugé pour 28 chef d’accusation. La cour lui a reconnu coupable des attaques contre la population civile à Boing et Quattin, coupable des crimes contre l’humanité commis le 05 décembre 2013 à Boing et Quattin. Coupable de déportation, de crimes contre l’humanité pour déplacement, attaque des quartiers Quattin et Boing, crimes de guerre pour avoir détruit des lieux de culte, persécution contre les musulmans et les Sélékas, destruction le 05 décembre des Boing, Quattin et Bangui.
La CPI lui a aussi déclaré coupable des crimes contre l’humanité commis le 24 décembre 2013 à Yamowara, coupable de torture, tuerie de personnes, d’emprisonnements, d’atteinte à la liberté de circulation, coupable de chef de crimes contre l’humanité, d’assassinat de chrétiens, d’enlèvement d’assassinat des musulmans assimilés aux Sélékas.
Quant à Patrice Edouard Ngaïssona, ancien coordinateur politique des Anti-balaka, il est poursuivi pour 20 crimes. Il s’agit entre autres de crimes de guerre contre les civils, commis le 05 décembre à Boing, Quattin et Bangui. Crimes de guerre, d’enlèvement, déportation des personnes à Bangui et Quattin, attaque contre les lieux de culte, coupable de persécution contre des musulmans assimilés aux Sélékas, destruction des lieux de culte, crimes contre l’humanité commis le 24 décembre 2013 contre des civils, violence et agression, enfermement forcé, tuerie à Yamowara et Bangui, assassinat des musulmans, violation des droits de l’homme, enlèvement forcé, persécution contre des civils et destruction des biens d’ennemis.
En revanche, il a été déclaré non coupable de pillage, de crimes de guerre de destruction des lieux de culte le 05 décembre 2013 à Bossangoa et de violence sexuelle.
Réactions des victimes et du parti PCUD de Ngaïssona
En effet, selon la Cour pénale internationale, l’implication directe de ces deux hommes dans les faits dont ils sont jugés, a fait de nombreuses victimes. « Edouard Ngaïssona a financé la rébellion des antibalakas pour attaquer Bangui, le régime de l’ex président Ndotodja, le 05 décembre 2013. » A rappelé le jugement de la CPI. Et d’ailleurs, sa nomination le 14 janvier 2014, en tant que Porte-parole des antibalakas est une preuve suffisante, d’après le résumé de la Cour. Ce sont donc tous ces éléments qui ont permis sa condamnation à 12 ans de prison.
À entendre les victimes, elles s’alignent derrière la décision de la CPI. Adamou Mbéri, Secretaire général de l’Association d’Entraide aux victimes des Évènements s’exprime à ce sujet. « Moi de toutes les façons je ne peux que m’aligner derrière cette décision prise par la CPI. Ils ont examiné les faits avant de pouvoir prendre cette décision. Donc je ne peux que m’aligner. En tant que victimes, nous n’attendons que la réparation. » A-t-il déclaré.
Du côté de Ngaïssona, ses proches ne sont pas satisfaits de cette décision. Le PCUD (Parti Centrafricain pour l’unité et le développement), parti politique de Ngaïssona entend faire appel. Samson Ngaïbona, son secrétaire général. « Juste pour vous dire que nous rejetons en bloc cette décision qui ne tient pas compte de la réalité vécue dans notre pays au moment fort où les mercenaires tchadiens, soudanais ont envahi notre pays. Voilà aujourd’hui, les juges ont tenue beaucoup plus contre. Par contre les vrais centrafricains qui ont témoigné pour leurs compatriotes, on ne les a pas écoutés. Nous allons demander à ces avocats de faire appel », a lancé Samson Ngaïbona.
Le verdict de la Cour pénale internationale met un terme à ce procès qui a duré plus de 7 ans. L’ouverture du procès a été faite le 16 février 2021. Rappelons que l’arrestation des inculpés remonte en 2018, date à laquelle la CPI a lancé un mandat d’arrêt international.
Pour Ngaïssona, la cour a l’a condamné pour son implication et soutien à la milice antibalaka, et à l’ancien président Français Bozizé. Par contre, Yékatom Rambo, est poursuivi pour des attaques contre la population civile, particulièrement des musulmans.
Toutefois, il est à signaler que les conséquences de ces attaques commanditées ou soutenues par Édouard Ngaïssona et Yékatom Rambo ne se limitent pas aux pertes humaines. D’après des témoignages recueillis par les enquêteurs de la CPI, il y a aussi des dégâts matériels. Selon les juges, ces antibalakas de Edouard Ngaïssona et Yékatom Rambo ont brûlé aussi des maisons.
Des cas de multiples déplacements forcés sont également à signaler. En février 2014, plus de 3000 personnes ont fui leurs quartiers pour se réfugier dans les recoins de la ville lorsque les antibalakas avaient décidé de s’en prendre aux musulmans vivant à Mbaïki.
L’affaire, qui a débuté en 2018 avec leur arrestation et leur transfert à la Haye, a été marquée par de nombreux témoignages accablants de victimes et d’enquêteurs. Edouard Ngaïssona et Alfred Yékatom sont désormais les premiers centrafricains jugés et condamnés par la justice internationale.
Cette décision rappelle que tôt ou tard, la justice internationale finira par interpeller tous les leaders des groupes armés qui ont commis des crimes en République centrafricaine à partir des années 2002. Même si actuellement, certains bénéficient de la protection du gouvernement dans le cadre des accords de paix, tant qu’ils seront en vie, ils finiront par être jugés.
Déus Gracias Tchémanguéré

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